La peur d’émerger plutôt que de plonger

On pourrait croire que de prendre le large et de plonger dans des eaux inconnues est une chose difficile à faire.

En fait, j’avais cette impression avant de m’y plonger.

J’avais terrée en moi cette peur de l’eau froide et inconnue.

Celle qui glace le corps et donne l’impression de le transpercer à coup de poignards.

Cette eau agitée et épeurante qui donne le goût de mourrir parce qu’on ne peut s’imaginer revoir le large un jour et en ressortir vivant.

Celle qui donne envie de se laisser couler doucement au fond comme une pierre.

J’appréhendais tellement ce choc!

J’avais cette peur de plonger et de me noyer parce qu’en fait je ne sais pas trop comment nager. Je me débat habituellement dans les choses qui me sont inconnues, mais la plupart du temps j’arrive à garder la tête hors de l’eau, bien qu’en-dessous de la surface, je nage avec peine.

Je tangue facilement. Je manque d’assurance.

Je peine à garder le cap quand les eaux s’agitent autour de moi. Je perds mon sang-froid.

Je préfère me laisser couler que de persister perpétuellement quand je sais que c’est perdu d’avance. Du moins c’est ce que je crains la plupart du temps.

J’avais pourtant cette fois le goût de me jeter dans cette mer de choses inconnues.

J’avais cette soif de l’aventure bien que j’étais terrorisée au fond de moi. Bien que je ne voulais pas me l’affirmer.

***

Aujourd’hui, à la veille d’émerger, je comprends. On peut nager allègrement dans l’inconnu. On peut posséder cette capacité de s’adapter à de nouvelles sensations.

Cela fait plus d’un mois et demi que je nage dans cette eau qui ne me paraît pas si froide finalement.

Le choc que j’anticipais tant ne s’est jamais présenté.

Sans un regard en arrière, je me suis jetée à l’eau et depuis je vogue doucement. Je me laisse porter au gré des marées.

Je flotte plus que je ne coule.

Au fond, je sais nager.

En fait, ce n’était pas tant mon entrée à l’eau que j’aurais du craindre depuis le départ autant que le fait d’en ressortir. Il sera difficile au bout du compte de quitter cette eau calme dans laquelle je nage désormais sans peine.

Jamais je n’aurais pu croire que je me sentirais aussi bien dans l’inconnu, cette chose qui nous paraît tellement effroyable lorsqu’on la perçoit de l’autre côté, quand on se réconforte simplement dans ce qui nous est connu. Ce sera au contraire le fait d’en émerger, de sortir mon corps de cette nouvelle mer qui me sera pénible.

Cette sortie de l’eau me fait peur.

C’est elle qui me donne envie de me laisser couler pour ne pas qu’on m’en sorte.

J’ai maintenant la peur de cette douleur dans les poumons quand je prendrai ces premières respirations hors de l’eau. Cet air qui brûle l’intérieur. Cette douleur lancinante qui nous assaie violemment quand on nous extirpe de la mer intérieure de notre mère. Ce premier contact avec l’air tellement violent lorsqu’on nous donne la vie mais que l’on oublie, tant il est douloureux.

Et pourtant, cette sortie de l’eau, je la sais inévitable.

C’est pourquoi je la redoute en ce moment.

Je réalise que les perceptions peuvent changer et s’inverser totalement en un rien de temps. Rien n’est jamais définitif. J’en ai maintenant la certitude.

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