Le dernier droit

Il ne reste plus que deux semaines avant mon départ pour un voyage de trois mois au Chili. Deux semaines avant de vivre possiblement la plus grande aventure de ma vie d’humaine sur cette Terre. Bien entendu, il risque d’y avoir d’autres aventures, mais je pense que cette première expérience  de coopération internationale aura quelque chose d’unique, qui sera difficilement comparable avec quoi que ce soit d’autre.

Suis-je nerveuse? Ai-je peur de m’ennuyer? De manquer de mon gros confort douillet?

Est-ce que ça vous offusque si je répond «Non.» ?

À vrai dire, comme tout départ ou voyage, il y a de nombreux préparatifs qui m’occupent beaucoup ces temps-ci. Je repense sans cesse à mon sac, à ce que je dois y ajouter, ou retirer… Je visite des dizaines de sites Internet sur des trucs de voyageurs. Je regarde les site de vente en ligne, j’évalue si j’ai vraiment besoin de ceci ou de cela, si ce que je possède déjà a les bonnes caractéristiques pour ce type de voyage… En petite Nord-Américaine qui a peu voyagé, je veux m’assurer d’être équipée adéquatement pour passer trois mois en mode dépaysement total; en éternelle planificatrice et organisatrice, je veux m’assurer de ne rien oublier puisque contrairement à mon habitude de procrastinatrice hors pair, j’ai du temps pour me préparer; en tant qu’amie de grands voyageurs minimalistes, je me fais un devoir de leur montrer que je suis capable, moi-aussi, de voyager léger… Mes inquiétudes, si elles en sont, représentent plutôt des questionnements matériels à ce moment-ci de ma préparation.

C’est absurde non?

De penser que l’on souhaite vivre un déracinement pour évoluer sur le plan humain et finalement se questionner sans cesse sur le côté matériel de la chose ?

J’étais dans mon bain hier et je réfléchissais à tout cela. En fait, je focus sur cet aspect je crois, parce que le reste ne me fait pas peur. Je n’ai absolument pas peur de m’ennuyer! Je suis convaincue qu’en petit caméléon que je suis, j’arriverai facilement à m’adapter à un mode de vie différent, dans une vie différente de mon quotidien. En vérité, j’ai si hâte de vivre ce dépaysement qui je crois, va opérer une profonde transformation en moi. Honnêtement, ce dépaysement s’est amorcé au moment même où j’étais en quête d’un stage de coopération internationale, à pareille date l’an dernier. Plusieurs dans mon entourage ne croyaient pas que j’étais sérieuse. Pourtant, j’étais vraiment décidée à vivre un tel voyage bien que je ne savais pas exactement tout ce que cela impliquait. Au fur et à mesure que les étapes se sont enclenchées par la suite (choix de stage, processus de sélection, entrevues, acceptation de ma candidature, rencontre avec mon groupe, formations de pré-départ, etc) je n’ai cessé de me réjouir et de me féliciter d’avoir pris cette décision.

Je me sens actuellement sur un petit nuage. Ma soif de vivre est à son comble et je crois que ce voyage tombe pile au bon moment.

Bien entendu, j’ai parfois des petits cafards depuis que la ronde des «derniers ceci et cela» a été entamée…

Le dernier mois à la maison, le dernier souper avec mes amis, le dernier voyage dans ma petite ville natale pour saluer mes proches, les derniers jours à partager ma vie quotidienne avec mon amoureux et ma petite brunette quadrupède, les dernières nuits à dormir dans mon lit, dans ma chambre, les derniers repas chez moi, dans ma maison, les derniers chauds rayons du soleil du printemps, les seules occasions de porter mes vêtements d’été cette année, les dernières journées longues de mon année qui aura deux hivers, les derniers moments avec mon amie Réjeanne… Mais ce ne sont que des choses temporaires. Voilà pourquoi je ne me sens pas triste. Bien au contraire.

C’est certain que le monde ici va tourner plus lentement pendant que moi, là-bas, je vais spinner à 200 km/h. Mais le monde va continuer de tourner, ici aussi. On ne peut pas mettre la vie de tout son Monde sur pause pendant qu’on veut aller à la rencontre de l’autre Monde. Bien entendu, dans une fantaisie irréaliste, j’aimerais que tout le monde m’attende et que rien de trop gros (positif ou négatif) ne se passe pendant mon absence. Mais faire le choix de partir, c’est aussi d’accepter que les autres continuerons d’évoluer à leur propre rythme pendant notre absence. Impossible de prévoir le retour et le décalage qui existera alors entre soi et ceux qui seront restés ici. Cet aspect ne m’inquiète pas, parce que dans la dernière année, j’ai beaucoup travaillé le lâcher prise au quotidien. Je pense que ce sera encore un bon exercice à mettre en pratique si je constate au retour que mon Monde a trop tourné et que je ne me sens plus à la même place que les Autres…

Le décollage me fait-il peur? Aucunement et savez-vous quoi? Je ne me sens pas coupable du tout ! Je pense que les gens qui m’entourent actuellement ont compris ma motivation à partir et qu’ils me respectent dans ce choix. Sinon… tant pis!

Sur le plan humain, là-bas, je me sens totalement ouverte à tous les types de rencontres et d’expériences. C’est un peu (lire beaucoup) pour ça que je me suis embarquée dans un tel projet non ? Je suis impatiente de rencontrer la famille chez qui je vais vivre pendant deux mois. Je suis avide de découvrir le milieu où je vais travailler, de rencontrer les personnes qui y travaillent, d’en apprendre sur ce qu’il font et comment, avec les ressources qu’ils ont… Je suis tellement empressée de rencontrer les gens qui fréquentent le milieu, la ressource d’hébergement pour itinérants où je me rendrai! Je me sens le coeur plus ouvert que jamais et ça fait du bien! J’avoue qu’ici, je trouve ça lourd de devoir le fermer, parfois, pour ne pas effrayer la société québécoise qui est bien frileuse….

En fait, je crois que ce qui fait que je me sens aussi prête à partir, c’est le fait de pouvoir compter sur neuf autres femmes extraordinaires qui vivront cette aventure avec moi. Jamais je ne me suis sentie aussi proche d’autant de personnes à la fois, de façon tout à fait égale et équivalente. Je pense que la sélection pour le stage démontre bien que le secret d’une bonne chimie est une question d’équilibre. Je me sens en symbiose totale avec les neuf filles et qui plus est, ce sont des filles! Je suis convaincue que c’est la force des liens qui nous unissent en tant que groupe qui me rendent si forte au plan personnel, à l’approche d’un si grand évènement de vie. Rien ne me fait peur, parce que je sais qu’à l’autre bout du monde, je ne serai pas seule. C’est la toute première fois que prend conscience à ce point de la force du groupe et ça explique aussi pourquoi le périple a déjà commencé depuis très longtemps, au moment même où nous sommes rencontrées, en octobre dernier.

En fait, c’est pour voyager au fond de soi et se trouver que l’on souhaite partir si loin… C’est paradoxal…

Sur ces mots, je vais retrouver mon amie Réjeanne qui risque de s’ennuyer et peut-être de m’oublier pendant tout ce temps. J’ai toutefois confiance que nos Mondes aussi improbables qu’ils le sont déjà, arriveront encore à se croiser et poursuivre leur route ensemble.

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2 réflexions sur “Le dernier droit

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