Le vrai visage de la dépression

Il fait sombre. Il fait gris. Il fait froid à se glacer le sang depuis des jours. On pourrait croire que l’été a décidé de sauter son tour et que l’automne est revenu pour de bon, que les flocons reviendront même… Nous en sommes à ces temps gris et stériles de l’année qui nous font perdre espoir en l’été et la chaleur. Les temps sont austères comme ce climat qui règne dans la société québécoise en général.

Et pourtant, j’arrive à entendre les oiseaux chanter au loin.

J’arrive à apercevoir un court instant ensoleillé dans la fin de cette journée.

Je sais apprécier le petit rayon qui illumine le salon et qui m’accroche un sourire aux lèvres.

Je perçois le fond de l’air qui est plus doux. Je vois du beau dans le laid.

Je sens l’odeur du printemps et ça me réchauffe le coeur. Ce même coeur qui bat au fond de moi et que je perçois depuis que ça va mieux. Ce même petit tambourinement qui me remplit désormais de joie à tout moment et me donne le goût de vivre plus fort et intensément que jamais.

Il faut dire que quand on a eu si peur de perdre quelque chose, on sait mieux l’apprécier ensuite.

Il y a quelque temps, vivre m’était douloureux. Je ne croyais pas cela possible, mais ça s’est installé insidieusement, sans trop que je ne m’en rende compte. Percevoir les battements dans ma poitrine me rappelait seulement la souffrance que je vivais en permanence. J’avais peur de ne plus jamais me sentir heureuse. Sentir que le temps s’écoulait m’était insoutenable parce que je n’arrivais pas à voir mon avenir. Je ne voyais qu’un grand trou noir. Je ne me voyais pas dans ce trou noir. C’était tellement douloureux que je n’arrivais pas à voir comment je pourrais en guérir. Ma maladie mentale m’avait enlevé le droit de vivre et d’avoir un avenir.

Chaque midi, quand je me réveillais après une nuit de cauchemars, je me demandais pourquoi j’étais encore là agonisante. J’angoissais en me demandant comment j’arriverais à passer à travers toutes les minutes qui me séparaient du moment où je pourrais me recoucher et espérer que la date change sur le calendrier et que tout le monde m’oublie, pour qu’on cesse enfin de me demander cette question qui me tuait chaque fois : «comment ça va»?

Pourtant, je m’interdisais de montrer une once de tout cela, pour ne pas faire peur à personne ou montrer que je suis une victime. Je voulais épargner mon entourage. Montrer que j’étais forte.

Alors à toutes les fois où je me trouvais en présence d’autres personnes, j’enfilais mon masque de fille «pas trop malade» et je souriais en disant que ça n’allait «pas si pire que ça» à qui voulait l’entendre. Je récitais ces mots appris et mémorisés pour ne pas inquiéter personne et tenter de me convaincre moi-même, tout à la fois. Je n’avais pas l’air d’une «personne en dépression» et pourtant je la ressentais à tout moment, cette maladie qui torturait mon mental. Je n’avais pas de bleus, d’ecchymose ou de grosses «scratchs» en surface, mais dieu que j’avais mal par en dedans.

De dehors, j’avais l’air bien.

Si bien qu’on m’a même dit à quelques reprises: « t’as pas l’air si pire que ça. Tu vas t’en sortir vite».

(Je voudrais avoir inventé ces dernières phrases, mais… hélas! )

J’ai même partagé une photo de moi alors que j’étais en train de «péter au frette» sur ma page Facebook et elle a battu le record de mentions «J’aime» dans mes statistiques personnelles depuis que j’ai rejoint les réseaux sociaux. Tout le monde trouvait donc que j’étais belle à ce moment-là!

C’est beau la dépression…

Ça n’a pas l’air si pire que ça…

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***

J’ai décidé de parler (encore) de ce sujet tabou parce que la campagne de sensibilisation Get the Picture de l’organisme anglais Time-to-change  m’a touchée directement. Beaucoup de gens ont accepté de montrer le vrai visage la dépression

pour l’occasion, afin de dénoncer les mythes entretenus sur le sujet. Pour avoir moi-même été confrontée à ces idées dépassées à l’effet que la dépression ne fait pas mal parce qu’elle ne paraît pas, je me suis sentie interpellée et j’ai décidé d’emboîter le pas quand j’ai vu plusieurs portraits et mots de personnes ayant aussi vécu cela dans mon fil d’actualité Facebook aujourd’hui.

Après la publication de la photo de mon vrai visage de la dépression, j’ai reçu une dizaine de messages privés de gens de mon entourage qui avaient peur de parler du sujet. J’ai appris par la même occasion que ces gens souffraient en silence, puisque j’ignorais tout de leur situation avant cet instant. Je m’étonne encore de voir à quel point il y a des personnes qui ont besoin d’aide et qui n’osent pas aller la chercher par peur d’affronter les gens qui croient que le vrai visage de la dépression n’est pas celui que l’on montre lorsqu’on la vit…

Si ma photo a eu cet effet dans ma petite communauté d’ami, j’ose espérer que la vaste campagne arrivera à rejoindre son public cible et que d’ici quelques années, les perceptions auront changé.

Je pense que c’est mission accomplie pour cette campagne de sensibilisation…

Vous voyez, j’ai retrouvé l’espoir.

Je crois encore en l’humanité…

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